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Étude contrastive de deux couples d’adverbes en français et en espagnol: particulièrement spécialement et particularmente / especialmente.

Adelaida HERMOSO y Jesús F. VÁZQUEZ

Dans cet article, nous nous proposons de faire l’analyse contrastive de deux couples de marqueurs discursifs, le français particulièrement / spécialement et l’espagnol particularmente / especialmente, qui présentent, malgré leur ressemblance formelle, quelques divergences quant à leurs valeurs sémantiques et discursives respectives. Cette mise en parallèle nous donnera l’occasion aussi d’étudier plus en détail ces quatre unités, d’ailleurs pratiquement omises dans les travaux portant sur les adverbes aussi bien en espagnol qu’en français, et cela en dépit de présenter une fréquence d’emploi assez élevée.

L’analyse des corpus respectifs, français et espagnol, ainsi que la lecture des auteurs spécialisés (Nølke 1983; Porroche 2005 et 2006), nous révèle une première différence existant entre les deux langues:

En espagnol, les deux adverbes sont censés occuper, au moins, deux positions syntaxiques, notées en (A) et (B):

(A) Adverbe intensif, antéposé à un adjectif:

(1) Ese chico es especialmente / particularmente (muy / verdaderamente) guapo

(2) Se trata de un médico especialmente / particularmente (muy /verdaderamente) competente.

Dans ce cas, nous pouvons remplacer especialmente et particularmente par les adverbes muy ou verdaderamente, dont le rôle est aussi d’intensifier le degré exprimé par l’adjectif modifié.

(B) Adverbe focalisateur (adverbe paradigmatisant, Nølke 1983), ayant comme fonction de focaliser l’élément modifié –le complément de temps en verano en (3), celui de lieu en Sevilla, en (4)– en le reliant à d’autres éléments dans la plupart de cas implicites, et appartenant au même paradigme:

(3) Hace mucho calor en Sevilla, especialmente / particularmente (*muy / *verdaderamente) en verano.

(4) En España hace mucho calor en verano, especialmente/ particularmente (*muy / *verdaderamente) en Sevilla.

En français, par contre, seule la forme particulièrement est susceptible de remplir les deux fonctions A et B, tandis que spécialement n’actualise que (B):

(5) Ce garçon est ??spécialement / particulièrement (très / vraiment) beau.

(6) Il s’agit d’un médecin ??spécialement / particulièrement (très / vraiment) compétent.

(7) Voilà le moment pour vous de vous occuper spécialement / particulièrement (*très / *vraiment) de l’histoire.

(8) Il aime tous les arts, particulièrement / spécialement (*très / *vraiment) la peinture

Partant de ces données formelles et sous un angle toujours contrastif, dans une première partie nous focaliserons notre attention sur les aspects syntaxiques et sémantiques de l’analyse de ces quatre formes adverbiales. Il sera question de décider, d’après l’application d’une série de critères, s’il existe un rapport direct entre propriétés linguistiques (morphologie, contenu sémantique…) et emplois intensif / paradigmatisant, ainsi que les valeurs sémantico-pragmatiques présentes dans ces deux groupes.

Dans une deuxième partie, nous proposerons une analyse polyphonique des quatre adverbes étudiés. Prenant comme outil d’analyse la théorie de la polyphonie, inscrite dans le cadre général de la sémantique argumentative (Anscombre et Ducrot 1983, Anscombre 2005), nous verrons dans quelle mesure les instructions sémantiques associées à spécialement / especialmente et particulièrement / particularmente aident à construire une dynamique polyphonique spécifique.

La révision des différentes acceptions données par les dictionnaires, doublée d’une étude diachronique des quatre formes adverbiales, nous permettra de répondre en détail à ces questions, ainsi que de déceler les contrastes de fonctionnement existant pour les deux langues.

 

 

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